Steven

Steven est conseiller en création, reprise et développement d’entreprises. Il a 32 ans et est originaire de Nantes. Il est sur Saint-Avé depuis quatre ans. Pas d’enfant, en concubinage, bref la liberté.

> Parlez-moi de votre activité

J’accompagne des porteurs de projet, des personnes en création d’entreprise, dans l’ensemble de leurs réflexions et de leurs démarches, de l’idée jusqu’à l’immatriculation. Donc à partir du moment où les personnes savent à peu près ce qu’elles veulent faire, je vais pouvoir les accompagner sur comment mettre en place leurs idées, comment se projeter le plus loin possible dans leurs activités, définir l’ensemble du cadre et des besoins…

« J’accompagne des personnes en création d’entreprise »

Et puis ensuite, travailler sur des volets un peu plus abstraits : choix juridiques, sociaux, fiscaux, prévisionnel d’activité, recherche de financements. Tout cela de manière à ce qu’ils puissent démarrer dans les meilleures conditions possibles. Le but est les aider à préparer leurs projets du mieux possible, en travaillant à leurs rythmes pour qu’ils puissent réfléchir à tout ce qu’il leur faut pour être serein et efficace au démarrage.

 

> Comment viennent vos clients?

Énormément par la prescription. Avec quelques acteurs principaux tels que les structures d’émergence, qui vont détecter les personnes qui veulent entreprendre mais qui ont quelques freins d’ordre personnels, et qui vont travailler sur ces éléments-là. Puis ensuite qui vont les orienter vers d’autres structures comme la mienne pour travailler les parties plus concrètes. Il y a aussi les cabinets d’expertise comptables, que les gens vont voir pour des prévisionnels mais dont l’activité est encore trop floue. Pareil pour les banques, quand ils ont besoin de financement mais que ce n’est pas forcément bien établi. Quelques cas de cabinets RH qui se retrouvent avec des missions en out placement, avec des personnes qui ne veulent pas retrouver un travail salarié et se disent qu’elles vont en profiter pour entreprendre. Et mes clients qui parlent de moi autour d’eux.

 

« Il y a parfois des projets assez originaux »

 

> Avez-vous des projets ?

Pérenniser l’activité car l’accompagnement de manière privée n’est pas très répandu. Un certain nombre de structures, publiques ou associatives, ont des programmes tout faits et très cadrés. Et les gens sont souvent orientés vers ces structures. Il y a quelques personnes qui ont besoin d’un autre niveau d’accompagnement et vont aller voir ailleurs, pour un accompagnement privé, sur mesure, plus adaptés à leurs besoins.

Donc mes projets aujourd’hui sont de m’installer un peu plus sur le bassin Lorientais où j’ai actuellement un autre bureau. Être un peu plus actif là-bas, développer tout ça, et peut-être prendre quelqu’un à terme et le former sur l’entreprenariat. A terme ce serait un peu plus agréable. Mais déjà bien m’installer ce sera pas mal.

 

> Avez-vous une anecdote intéressante, vécue dans votre activité, à nous raconter ?

Il y a parfois des projets assez originaux, qui peuvent être assez complexes à travailler et à définir tout simplement. Des personnes avec des activités assez variées au sein d’un même projet. J’ai quelqu’un par exemple qui voulait élever des perroquets, vendre des croquettes pour chien et ouvrir un garage moto, tout ça en même temps. Et pour le garage moto, sans même avoir le permis moto, ni de diplôme de mécanicien.

« J’ai aussi des personnes qui viennent juste avec une idée »

Voilà, on se retrouve face à une personne et on se demande comment cela va se passer. Déjà les perroquets, c’est particulier. Ce sont d’énormes fonds engagés aujourd’hui pour espérer des portées quelques années plus tard. Un perroquet aujourd’hui c’est 10 000 Euros, en tout cas dans ceux qui l’intéressaient. Ça met quatre ans à se reproduire, s’ils veulent bien se reproduire… Bref. J’avoue que c’était un rendez-vous assez original.

J’ai aussi des personnes qui viennent juste avec une idée. Et plus ça devient concret, plus ils se rendent compte des difficultés. Il y en a alors qui vont se fermer, qui vont avoir peur. Donc là le but c’est de prendre le temps de les rassurer, de leur donner le maximum de cartes en main pour qu’elles retrouvent un peu de confort. Qu’elles soient à l’aise et qu’elles reprennent confiance en elles, pour pouvoir y aller.

J’ai aussi été amené à travailler sur des projets avec de gros besoin de financement, avec des profils pas forcément évidents de ce côté-là. Il faut arriver à convaincre les banques. Il y a un garage pour lequel on a mis trois ou quatre mois juste pour convaincre les banques. Quand elles ont fini par bien vouloir suivre, c’était un gros soulagement, une belle victoire.

Et puis j’ai travaillé dans le sud-est de la France avant d’arriver ici. Et là-bas j’ai eu une personne qui a repris une entreprise de 23 salariés, et qui n’avait jamais été à son compte. Donc c’était un démarrage assez compliqué. Il fallait un million d’Euros en plan de financement, il y avait 23 salariés à gérer, tout ça a créé une certaine pression. La personne était solide, on a travaillé dans le temps. Et au final il a réussi à bien mettre tout ça en place, et à plutôt bien démarrer.

 

> Comment en êtes-vous arrivé là ? Quel a été votre parcours?

J’ai découvert ça à l’université, où j’ai eu des cours d’entrepreneuriat. On a été amené à travailler sur un projet et à en voir les différentes étapes. Et j’ai trouvé ça super intéressant. Pas forcément pour entreprendre moi-même, mais pour accompagner l’entrepreneuriat. Et puis de fil en aiguille, j’ai eu l’occasion de réaliser les deux côtés : être à la fois entrepreneur et accompagner l’entrepreneuriat.

J’ai donc fait une licence en économie gestion, avec beaucoup d’expériences professionnelles sur un certain nombre de métiers. Ce qui m’a donné une vision très concrète et de terrain des activités et de leur fonctionnement, et qui me permet de comprendre assez facilement aujourd’hui les métiers des porteurs de projet.

« j’ai eu l’occasion de réaliser les deux côtés : être à la fois entrepreneur et accompagner l’entrepreneuriat »

Très souvent, pour faire ce métier là des structures un peu plus grosses, il va être demandé soit des mastères spécialisés en entrepreneuriat, soit des diplômes pointus en communication, en marketing… Et en général on demande aussi de l’expérience. Ce qui est toujours la difficulté quand on démarre dans un métier : avoir les diplômes et l’expérience. Je n’y ai pas coupé. J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer une  directrice qui m’a donné ma chance, par rapport à mon expérience métier en général. Elle avait besoin de quelqu’un qui avait une vision très concrète des activités, et qui pourrait apprendre un peu plus la partie entrepreneuriat sur le tas.

J’ai aussi travaillé pendant plusieurs années au sein du réseau initiative. C’est un réseau associatif d’accompagnement qui fédère 240 plateformes au niveau national. J’ai d’abord commencé dans une structure très axée sur l’accompagnement où j’ai pu faire mes premiers pas. Ensuite j’ai basculé sur une autre qui avait un niveau beaucoup plus pointu et  sur un bassin d’activité beaucoup plus large. Cela m’a permis d’apprendre et de monter très vite en compétence.

J’ai ensuite voulu revenir en Bretagne et j’ai alors intégré un groupe d’expertise comptable qui développait une offre d’accompagnement privé. J’avais découvert ça dans le sud et ils étaient en train de la développer en Bretagne. Et puis suite à différents désaccords entre les experts comptables locaux et la politique nationale du groupe, ça a éclaté ici et j’en ai profité pour prendre mon indépendance en continuant mon travail en local.

 

> Quels obstacles avez-vous dû surmonter pour en arriver là aujourd’hui ?

Au démarrage du métier, c’est la demande d’expérience ou de diplômes supérieurs parfois multiples. Et puis le fait que c’est une activité encore récente, en développement. Cela ne fait que dix ou quinze ans que cela se structure et qu’on sort de l’unique rôle des chambres consulaires (CCI, chambre des métiers, chambre d’agriculture).

« Mon premier poste était à 1 000 kms de chez moi, il a fallu faire un choix »

Et puis tout le monde se connaît. Cela fonctionne beaucoup par réseau. Il y a un principe un peu de mercato entre les différentes structures. Donc quand on est nouveau et qu’on veut démarrer là-dedans, il faut s’accrocher, être mobile et en vouloir.

Mon premier poste était à 1 000 kms de chez moi, il a fallu faire un choix.

 

> Avez-vous une clé, une recette personnelle, pour surmonter les difficultés ?

Beaucoup de volonté. Cela aide quand on a un coup dur. On s’accroche au reste, à l’ambition, à ce qu’on a envie de voir venir à terme.

Je travaille avec un certain nombre de clients, et parfois il y en a un dont le projet va être amené à faiblir un petit peu, ou alors quelqu’un qui va avoir besoin de prendre du recul. Je vais alors avoir du temps à passer sur d’autres. Donc ça s’équilibre toujours un peu. Et aujourd’hui, en tant qu’indépendant, je n’ai pas été amené à faire face à de grosses difficultés, ni à des choix vraiment stratégiques. Donc ça se passe assez bien, avec une progression tranquille. Il faut aussi savoir saisir les opportunités et avancer.

« Je considère que la difficulté ne va pas être une étape en soi, mais juste un petit virage sur le parcours »

Autrement je suis quelqu’un de très rationnel qui analyse assez facilement et qui essaie d’anticiper les difficultés. Je considère que la difficulté ne va pas être une étape en soi, mais juste un petit virage sur le parcours, un léger écart. Ça me permet de la minimiser et de ne pas me focaliser dessus.

 

> Parlez-moi d’une expérience qui vous a marquée dans votre vie

Sur le plan personnel, ça a été de partir à l’autre bout de la France pour démarrer dans ce métier-là. Je suis parti dans une région où je ne connaissais absolument personne, et j’allais devoir tout apprendre. On a un peu l’impression de tout redémarrer à zéro. On sort de l’école avec un certain nombre d’idées sur son métier, un réseau social plutôt correct sur Nantes, d’où je suis originaire. Et on met tout ça en stand by pour aller tenter l’aventure ailleurs en partant complètement de zéro. C’est vrai qu’il y a des moments un peu délicats, tout est nouveau partout. Il faut être très curieux. C’est très enrichissant, c’est super sympa. Ça a été un très gros virage pour moi, et une énorme opportunité.

« Je suis parti dans une région où je ne connaissais absolument personne, et j’allais devoir tout apprendre »

Ensuite le fait de venir dans le Morbihan pour développer une offre pour un groupe qui avait en fait déjà décidé de partir. On a un peu l’impression de se faire catapulter quelque part juste pour occuper le terrain, en attendant de laisser les gens sur la paille. C’est une autre expérience aussi.

Mais maintenant, quand j’ai des porteurs de projets qui, bien que travaillant dans des grands groupes avec des carrières quasiment sur des rails, veulent sortir de tout ça, je les comprends très bien. Aujourd’hui ça devient presque plus sûr d’entreprendre que de penser qu’on est sur des rails dans une boite, petite ou grande. Il y a trop d’aléas, trop de décisions qui ne nous échappent.

Quand on est seul à bord, on sait à qui s’en remettre, on sait assumer ses responsabilités et pas celles des autres.

 

> Parlez-moi de ce qui vous motive, de ce qui vous passionne dans la vie

C’est l’échange. J’aime beaucoup rencontrer de nouvelles personnes, échanger avec elles. Voir ce qu’elles font, quelles sont leurs passions, leurs activités, leurs occupations, leur métier, ce qui les amène à ça.

« J’aime le partage et le fait d’apprendre tout simplement des expériences de chacun »

J’aime bien voyager aussi, il y a toujours cette curiosité. A une époque, j’ai été membre assez actif du site couchsurfing, pour l’hébergement de voyageurs. Ça rejoint le partage et le fait d’apprendre tout simplement des expériences de chacun.

 

> Quelles sont vos occupations favorites en dehors de votre activité ?

J’ai découvert l’univers de la danse latine avec la salsa, depuis quatre ans. C’est un bon exutoire. Toutes les semaines, avec les cours et les soirées, c’est pas mal. Socialement parlant c’est super intéressant, puisque c’est une danse qui est très libre donc ça amène une certaine ouverture d’esprit. C’est très varié en termes d’âge des participants. C’est assez riche de ce côté-là. Et puis ici, sur la région de Vannes, tout le monde se connaît un peu, donc on retrouve toujours quelqu’un qu’on connaît, quelqu’un avec qui discuter ou qui va nous présenter quelqu’un d’autre…

« J’ai découvert l’univers de la danse latine avec la salsa »

Autrement je suis aussi motard.

Et puis j’ai décidé de reprendre le sport il a quelques semaines, en renforcement musculaire. Et donc j’en souffre encore un peu aujourd’hui (rires).

Je n’ai pas d’engagement associatif, mais je coach des étudiants entrepreneurs, j’interviens à l’UBS, mais il n’y a pas forcément de formalisation.

 

> Que feriez-vous dans la vie, ou quel(s) projet(s) mèneriez-vous si vous n’aviez aucune contrainte d’argent ?

Je pense que je resterais sur des engagements de même nature : accompagner des gens, les aider à avancer d’une manière ou d’une autre. Actuellement c’est en lien avec l’entreprenariat, mais ça serait peut-être sous d’autres formes. Et je prendrais aussi du temps pour découvrir ce qui se fait ailleurs. Je profiterais d’une grande mobilité pour enrichir mes connaissances et échanger. Je profiterais du temps libre pour aider d’autres personnes à avancer dans leur vie, dans leurs projets.

« je prendrais aussi du temps pour découvrir ce qui se fait ailleurs »

 

> Quelles sont les qualités que vous préférez chez une personne ?

J’aime bien les personnes plutôt intègres et honnêtes. C’est une chose que je trouve  importante dans le monde professionnel. Quand il y a des aspects un peu faux qui ressortent, c’est handicapant et désagréable. Avoir un peu d’humour aussi. Et un peu d’ouverture d’esprit pour finir.

 

> Qu’est-ce que vous détestez par-dessus tout chez une personne ?

Le côté hautain, condescendant. Ceux qui vous prennent de haut. Le côté arrogant, intolérant, trop fermé et prétentieux.

 

« J’ai eu l’occasion de rencontrer un entrepreneur extrêmement modeste et simple, qui faisait de très belles choses avec une très grande dimension humaine »

 

> Avez-vous des modèles, quels sont vos héros dans la vie réelle ?

J’ai eu l’occasion de rencontrer dans le sud de la France un entrepreneur extrêmement modeste et simple, qui faisait pourtant de très belles choses avec une très grande dimension humaine. Il travaillait notamment sur l’insertion sociale, quitte à parfois se mettre en difficulté à un certain moment, en acceptant de donner la chance et d’ouvrir sa porte.

J’ai eu l’occasion de le rencontrer parce qu’il souhaitait ouvrir une nouvelle structure, toujours en lien avec son métier globalement, mais il voulait séparer juridiquement les deux pour ne pas faire prendre de risque à ses gars. Il voulait être le seul à porter la responsabilité en cas de problème. En termes de valeur humaine, ça a été une grosse découverte. Quelqu’un qui portait beaucoup de valeurs et qui travaillait de manière extrêmement intéressante. Le bureau principal était en fait une grande maison, un lieu de vie, où la plupart du temps les gens mangeaient ensemble. Il y avait une énorme cohésion, une ambiance quasi familiale. Il avait organisé tout ça avec une très forte dimension humaine.

Bref, humainement quelqu’un de très bien, qui est vraiment un exemple. Dans sa manière d’entreprendre, de gérer son activité. Et surtout dans sa manière de manager ses employés, en les considérant vraiment comme son égal, et en faisant en sorte que tout le monde soit bien et puisse avancer. Et cette manière de toujours de tendre la main…

 

> Si vous pouviez avoir un don, un pouvoir surnaturel, que choisiriez-vous ?

La téléportation, ça doit être sympa. Peut-être aussi pouvoir remonter dans le temps, parfois. On peut alors prendre le temps de découvrir les choses et les refaire mieux ensuite. Ou bien un peu des deux : pouvoir se téléporter dans le passé.

 

« Se lever le matin et se dire : « là je suis bien. Je fais ce que je veux, comme je le veux, j’ai du plaisir à voir les gens… »

 

> Quelle est votre définition du bonheur ?

C’est le sentiment de plénitude. Se lever le matin et se dire : « là je suis bien. Je fais ce que je veux, comme je le veux, j’ai du plaisir à voir les gens… » C’est plus une sensation que quelque chose qui peut se définir de manière concrète. La notion de liberté est approchante. Le fait de ne pas avoir l’impression de subir, de ne pas être passif. De rester actif et d’avoir plaisir à faire ce que l’on fait.

 

> Quel est pour vous le sens de la vie, ou plus simplement qu’est-ce qui est le plus important pour vous dans la vie ?

Pour le sens, je ne sais pas vraiment. Je ne suis pas sûr d’avoir « compris » pourquoi on était sur Terre, à part d’un point de vue purement biologique avec la vie qui se perpétue. Le but d’une vie, c’est de se faire plaisir, d’avancer, d’enrichir au maximum ses connaissances, de découvrir des gens, d’être heureux.

 

> Si la réincarnation existe, en quoi aimeriez-vous être réincarné ?

Un animal volant ce serait pas mal, pour la sensation de liberté quasi totale.

 

> Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire ?

« Merci d’avoir été là. »